DANSE CENSUREE

 


DANSE CENSUREE

Sur cette vidéo vous me voyez danser, le 17 juillet dernier à l’Abbatiale de Preuilly sur Claise.
J’avais alors accepté l’invitation de la SAP à l’occasion de leur pièce de théâtre nomade annuelle. Danser dans une église n’est pas anodin, j’avais bien en tête cela. Soucieuse de respect pour la communauté religieuse, j’avais été précautionneuse de ma tenue et surtout souhaitais par cette danse honorer aussi le sacré, ces lieux de cultes où hommes et femmes peuvent se réunir en communion, en tolérance, en paix, vibrer ensemble, rendre hommage à la vie. Car si la danse peut bien quelque chose c’est cela, elle ne divise pas, elle unit, elle rassemble. Elle a donc pour moi toute sa place dans ces lieux saints.
Mais voilà suite à mon passage, une certaine indignation outrageante s’est fait entendre qualifiant entre autre ma danse de lascive, me targuant aussi d’être à moitiée nue. Outre la véracité de ces propos pour le moins discutables et sans qu’aucun dialogue ne soit ouvert, s’en sont suivies des menaces. En effet si la danse à l’Abbatiale se tenait de nouveau pour la date prévue en Août, ces mêmes personnes viendraient chahuter la prochaine représentation. Ainsi pour éviter tous remous qui compromettraient le bon déroulement de la pièce nous décidons de déplacer la danse au moulin, d’autant que mon intervention s’étant décidée sur le tard, le diocèse n’avait pas pu en être informé. Donc profil bas jusqu’à cette date en se disant bien tout de même qu’il faudrait répondre d’une façon ou d’une autre à cet assaut suivi bien-sûr de rumeurs. Ce que je fais donc à présent.
Cet obscur incident à rayon local pourrait sembler insignifiant, sans grande importance s’il ne soulevait pas à mes yeux de sérieuses questions et problématiques sociétales actuelles de grande ampleur…
L’émergence de croyances clivantes, la violence grandissantes des rapports sociaux, le manque d’écoute et de dialogue, la montée d’idées conservatrices et totalitaires qui prolifèrent à vue d’œil. Une dangereuse lame de fond qui avance et prospère de plus en plus vite gangrenant le vivre ensemble sournoisement mais surement.
De là où je parle, c’est-à-dire plutôt du milieu artistique et culturel, nous voyons de plus en plus d’annulations arbitraires de représentations, de festivals sous des prétextes fallacieux qui cachent une censure idéologique volontariste à peine dissimulée, des plus inquiétantes.
Eteindre la danse, la musique, le spectacle vivant, les arts, la culture c’est étouffer la vie, entraver les émancipations, affaiblir une part de notre humanité, un point c’est tout.
Et fort heureusement la grande majorité des personnes présentes dans le public ce soir-là ont été touchées, ravies par la danse, et c’est cela que je retiendrai avant tout, ce sur quoi je continuerai de m’appuyer pour faire exister les forces de vie dont nous sommes intrinsèquement capable et qu’engendre la danse par essence, les corps par nature.
Perpétuons, cultivons, ce qui nous re-lie, nous rend vivants, ouverts et sensibles.
Faisons-le tous et toutes urgemment, avec ce que nous pouvons, là d’où nous sommes.

 

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