Entre-deux...Elsa Wolliaston, la danse, la vie

 

 © Flora Mérillon
 10 - 19 Mars 2026


Etrange cet espace d’entre 2 temps, flottant au-dessus de la quotidienneté. Depuis ma venue à l’hôpital, je vis disons au rythme de ton grand départ, de ses impacts ou plutôt au rythme des réverbérations de ton éternelle présence.  Et voilà, on y revient toujours,  n’est-ce pas, au rythme, à l’espace, au temps, à l’énergie, à la présence.  La vie = la danse = tes danses
A la lumière de ta grandiose terrienne,  ton envolée   secoue le cocotier. La Tribu One Step orpheline accuse une gueule de bois inouïe. Tant de choses dans les mémoires, ça défile, ça va, ça vient et revient, parce que tu es toujours là, plus que jamais là car la force de ta magnétique présence, de ta personne, de tes transmissions, de tes puissantes danses  iront bien au-delà de toi, de nous, en perpétuelles élévations sous nos sternums frétillants de ta main et du regard aiguisé que tu auras bien voulu généreusement porté sur nos corps.
Il y avait chez toi cette ingénieuse alchimie mêlant la danse et la vie, indissociablement. Ce rapport à l’existence  dans tes danses dépouillées d’artifices, chargées de justesse, d’instinct, d’improvisation. Tu nous amenais à contacter une certaine pureté du geste dansé, nous offrant l’essence d’une  expérience intime de nos corps - et bien plus encore de nous-même – inédite, où l’énergie se suffit à elle-même, où la conscience se déplace. Une sortie de case.
Avec cette façon bien à toi de composer avec TOUS les corps sans exception, à faire avec ce qui est là sans résistance juste les laisser parler avec le moment venu sonore. Les risquer à l’inconnu mouvement, les enraciner. Dans ses instants suspendus, avec tes fidèles et illustres complices Bruno Besnaïnou et Jean-Yves Colson vous deveniez  les gardiens de notre sûreté, notre ancrage, l’étoffe d’une expression libérée.
Cette inflexible fidélité à toi-même que tu t’accordais s’imposait à nous, nous plongeant qu’on le veuille ou non,  bon gré mal gré,  dans l’intense univers Wolliaston et ouvrant des espaces dont toi seule détenait les clefs.
«  J’éveille dans le corps le rythme de chacun. Il faut sentir à l’intérieur de soi son point fort, qui est aussi son point faible. C’est dans la conscience de cette alternance que chacun trouve son rythme. »  Tu l’as dit bouffi ! Et l’as mis en œuvre mieux que quiconque dans ta vie tout en le transmettant subtilement dans tes enseignements.
A travers cette mesure rythmique…le temps de la danse, la place du tempo musical dans nos corps dansants, le temps au temps, le temps di souffle tout simplement.
Je n’ai jamais aussi bien goûté le moment présent que durant toutes ces années à tes côtés, avec la danse bien entendu  on ne peut plus fugitive par nature, mais par ta présence davantage encore, dans ce rapport cru au monde que tu incarnais en deça de toutes normes et sans concession. Ces traits-là, pour moi,  tes danses les transpirent. Tes danses ruissèlent la vie, son éphémérité,  ses fragilités, son énergie en ascenseur, son déploiement, ses répétitions initiatiques, ses ancrages-suspensions-envols, ses accélérations-ralentissements, son rythme singulier, ses silences, ses rituels, ses appels-débuts-fins, ses sources, ses ouvertures. Créer avec l’existant en donnant la forme qu’authentiquement nous pouvons faire émerger si l’on sait être présent et à l’écoute de notre musique propre.
Sortie de case, Kakilambé, La Chasse, L’Oiseau, Baka, 3 Pas, Dumdumba, WouWouWou, Les Masques et tant d’autres de tes danses, ces faisceaux de vie, ces apprentissages corporels à vastes portées que chacun chacune se sera singulièrement appropriés  à l’image de ta personnalité atypique qui a tellement rayonné sur la terre artistique. 
Aujourd’hui je me rends compte que je t’imaginais invincible, j’ai rien vu venir, je me suis faite dupée et surprendre par ta mytique figure titanesque, à regrets.
 
Cette fois Elsa je ne monterai pas sur mon vélo te retrouver assise à ton bureau - orné de tes précieux symboles - pour te soumettre ce texte. Oh, je serais bien curieuse des inévitables modifications que tu y aurais porté en le lisant avec grande attention ton crayon en main.
Cette fois tu vas l’entendre d’une autre façon mais tu l’entendras, je veux m’en convaincre. Comme tu entendras tous ces corps porteurs de tes résonnances, de ton énergie, de ces petites flammes que tu auras fait s’embraser, s’embrasser et qui continueront à te danser, à t’honorer,  à te faire vivre et virevolter tambours battants.
Cette fois je prendrai le train. 

A demain Elsa !
J’achèterai du chocolat en chemin.

One Step Juin 2015 © Didier Pruvot


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